| Titre : |
Le Bourgeois gentilhomme : comédie-ballet |
| Type de document : |
texte imprimé |
| Auteurs : |
Molière (1622-1673), Auteur ; Jean Dasté (1904-1994), Autre ; Jacques Morel (1926-....), Éditeur scientifique |
| Editeur : |
Paris : Librairie générale française |
| Année de publication : |
1985 |
| Autre Editeur : |
72-La Flèche : Impr. Brodard et Taupin |
| Collection : |
Le Livre de poche |
| Sous-collection : |
Le Livre de poche classique num. 6126 |
| Importance : |
192 p. |
| Présentation : |
ill. couv. ill. en coul. |
| Format : |
17 cm |
| ISBN/ISSN/EAN : |
978-2-253-03780-4 |
| Prix : |
16,50 F |
| Note générale : |
Bibliogr. p. 177-179 |
| Langues : |
Français (fre) |
| Index. décimale : |
842 Littérature dramatique |
| Résumé : |
ACTEI'>L'ouverture se fait par un grand assemblage d'instruments ; et dans le milieu du théâtre on voit un élève du Maître de musique, qui compose sur une table un air que le Bourgeois a demandé pour une sérénade.Scène 1'>MAÎTRE DE MUSIQUE, MAÎTRE À DANSER, TROIS MUSICIENS, DEUX VIOLONS, QUATRE DANSEURS'>MAÎTRE DE MUSIQUE, parlant à ses Musiciens. Venez, entrez dans cette salle, et vous reposez1 là en attendant qu'il vienne.MAÎTRE À DANSER, parlant aux Danseurs. Et vous aussi, de ce côté.MAÎTRE DE MUSIQUE, à l'élève. Est-ce fait 'L'ÉLÈVE. Oui.MAÎTRE DE MUSIQUE. Voyons... Voilà qui est bien.MAÎTRE À DANSER. Est-ce quelque chose de nouveau 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Oui, c'est un air pour une sérénade, que je lui ai fait composer ici, en attendant que notre homme fût éveillé.MAÎTRE À DANSER. Peut-on voir ce que c'est 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous l'allez entendre2 avec le dialogue, quand il viendra. Il ne tardera guère.MAÎTRE À DANSER. Nos occupations, à vous et à moi, ne sont pas petites maintenant.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il est vrai. Nous avons trouvé ici un homme comme il nous le faut à tous deux ; ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie 3 qu'il est allé se mettre en tête ; et votre danse et ma musique auraient à souhaiter que tout le monde lui ressemblât.MAÎTRE À DANSER. Non pas entièrement ; et je voudrais pour lui qu'il se connût mieux qu'il ne fait aux choses que nous lui donnons4.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il est vrai qu'il les connaît mal, mais il les paie bien ; et c'est de quoi maintenant nos arts ont plus besoin que de toute autre chose.MAÎTRE À DANSER. Pour moi, je vous l'avoue, je me repais un peu de gloire5, les applaudissements me touchent ; et je tiens que, dans tous les beaux-arts, c'est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots, que d'essuyer sur des compositions la barbarie d'un stupide6. Il y a plaisir, ne m'en parlez point7, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'un art, qui sachent faire un doux accueil aux beautés d'un ouvrage, et par de chatouillantes8 approbations vous régaler8 de votre travail. Oui, la récompense la plus agréable qu'on puisse recevoir des choses que l'on fait, c'est de les voir connues, de les voir caressées d'un applaudissement qui vous honore. Il n'y a rien, à mon avis, qui nous paie mieux que cela de toutes nos fatigues ; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.MAÎTRE DE MUSIQUE. J'en demeure d'accord, et je les goûte comme vous. Il n'y a rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites. Mais cet encens ne fait pas vivre ; des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mêler du solide ; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains9. C'est un homme, à la vérité, dont les lumières 10 sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n'applaudit qu'à contresens ; mais son argent redresse les jugements de son esprit ; il a du discernement dans sa bourse ; ses louanges sont monnayées11, et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé12 qui nous a introduits ici.MAÎTRE À DANSER. Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; mais je trouve que vous appuyez un peu trop sur l'argent ; et l'intérêt13 est quelque chose de si bas, qu'il ne faut jamais qu'un honnête homme montre pour lui de l'attachement.MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous recevez fort bien pourtant l'argent que notre homme vous donne.MAÎTRE À DANSER. Assurément ; mais je n'en fais pas tout mon bonheur, et je voudrais qu'avec son bien il eût encore quelque bon goût des choses.MAÎTRE DE MUSIQUE. Je le voudrais aussi, et c'est à quoi nous travaillons tous deux autant que nous pouvons. Mais, en tout cas, il nous donne moyen de nous faire connaître dans le monde 14 ; et il paiera pour les autres ce que les autres loueront pour lui.MAÎTRE À DANSER. Le voilà qui vient.Scène 2'>MONSIEUR JOURDAIN, DEUX LAQUAIS, MAÎTRE DE MUSIQUE, MAÎTRE À DANSER, VIOLONS, MUSICIENS ET DANSEURS'>MONSIEUR JOURDAIN. Hé bien, messieurs ' Qu'est-ce ' me ferez-vous voir votre petite drôlerie 15 'MAÎTRE À DANSER. Comment ! quelle petite drôlerie 'MONSIEUR JOURDAIN. Eh là..., comment appelez-vous cela ' votre prologue ou dialogue16 de chansons et de danse.MAÎTRE À DANSER. Ah ! ah !MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous nous y voyez préparés.MONSIEUR JOURDAIN. Je vous ai fait un peu attendre, mais c'est que je me fais habiller aujourd'hui comme les gens de qualité, et mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais17.MAÎTRE DE MUSIQUE. Nous ne sommes ici que pour attendre votre loisir18.MONSIEUR JOURDAIN. Je vous prie tous deux de ne vous point en aller19 qu'on ne m'ait apporté mon habit, afin que vous me puissiez voir20.MAÎTRE À DANSER. Tout ce qu'il vous plaira.MONSIEUR JOURDAIN. Vous me verrez équipé comme il faut, depuis les pieds jusqu'à la tête.MAÎTRE DE MUSIQUE. Nous n'en doutons point.MONSIEUR JOURDAIN. Je me suis fait faire cette indienne21 -ci.MAÎTRE À DANSER. Elle est fort belle.MONSIEUR JOURDAIN. Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité étaient comme cela le matin.MAÎTRE DE MUSIQUE. Cela vous sied à merveille.MONSIEUR JOURDAIN. Laquais ! holà, mes deux laquais !PREMIER LAQUAIS. Que voulez-vous, monsieur 'MONSIEUR JOURDAIN. Rien. C'est pour voir si vous m'entendez bien. (Aux deux maîtres.) Que dites-vous de mes livrées 22 'MAÎTRE À DANSER. Elles sont magnifiques.MONSIEUR JOURDAIN. (Il entrouvre sa robe et fait voir un haut-de-chausses23étroit de velours rouge et une camisole de velours vert, dont il est vêtu.) Voici encore un petit déshabillé pour faire le matin mes exercices.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il est galant.MONSIEUR JOURDAIN. Laquais !PREMIER LAQUAIS. Monsieur.MONSIEUR JOURDAIN. L'autre laquais !SECOND LAQUAIS. Monsieur.MONSIEUR JOURDAIN. Tenez ma robe24. Me trouvez-vous bien comme cela 'MAÎTRE À DANSER. Fort bien. On ne peut pas mieux.MONSIEUR JOURDAIN. Voyons un peu notre affaire25.MAÎTRE DE MUSIQUE. Je voudrais bien auparavant vous faire entendre un air qu'il vient de composer pour la sérénade que vous m'avez demandée. C'est un de mes écoliers26, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.MONSIEUR JOURDAIN. Oui ; mais il ne fallait pas faire faire cela par un écolier, et vous n'étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il ne faut pas, monsieur, que le nom d'écolier vous abuse. Ces sortes d'écoliers en savent autant que les plus grands maîtres, et l'air est aussi beau qu'il s'en puisse faire. Écoutez seulement...MONSIEUR JOURDAIN. Donnez-moi ma robe pour mieux entendre... Attendez, je crois que je serai mieux sans robe... Non ; redonnez-la-moi, cela ira mieux.MUSICIEN, chantant.Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême,Depuis qu'à vos rigueurs vos beaux yeux m'ont soumis :Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime,Hélas ! que pourriez-vous faire à vos ennemis 'MONSIEUR JOURDAIN. Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci, par-là27.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il faut, monsieur, que l'air soit accommodé 28 aux paroles.MONSIEUR JOURDAIN. On m'en apprit un tout à fait joli, il y a quelque temps. Attendez... La..., comment est-ce qu'il dit 'MAÎTRE À DANSER. Par ma foi ! je ne sais.MONSIEUR JOURDAIN. Il y a du mouton dedans.MAÎTRE À DANSER. Du mouton 'MONSIEUR JOURDAIN. Oui. Ah !Monsieur Jourdain chante.Je croyais JannetonAussi douce que belle,Je croyais JannetonPlus douce qu'un mouton :Hélas ! hélas ! elle est cent fois,Mille fois plus cruelle,Que n'est le tigre aux bois29.N'est-il pas joli 30 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Le plus joli du monde.MAÎTRE À DANSER. Et vous le chantez bien.MONSIEUR JOURDAIN. C'est sans avoir appris la musique.MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous devriez l'apprendre, monsieur, comme vous faites la danse. Ce sont deux arts qui ont une étroite liaison ensemble.MAÎTRE À DANSER. Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.MONSIEUR JOURDAIN. Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Oui, monsieur.MONSIEUR JOURDAIN. Je l'apprendrai donc. Mais je ne sais que... |
Le Bourgeois gentilhomme : comédie-ballet [texte imprimé] / Molière (1622-1673), Auteur ; Jean Dasté (1904-1994), Autre ; Jacques Morel (1926-....), Éditeur scientifique . - Paris : Librairie générale française : 72-La Flèche : Impr. Brodard et Taupin, 1985 . - 192 p. : ill. couv. ill. en coul. ; 17 cm. - ( Le Livre de poche. Le Livre de poche classique; 6126) . ISBN : 978-2-253-03780-4 : 16,50 F Bibliogr. p. 177-179 Langues : Français ( fre)
| Index. décimale : |
842 Littérature dramatique |
| Résumé : |
ACTEI'>L'ouverture se fait par un grand assemblage d'instruments ; et dans le milieu du théâtre on voit un élève du Maître de musique, qui compose sur une table un air que le Bourgeois a demandé pour une sérénade.Scène 1'>MAÎTRE DE MUSIQUE, MAÎTRE À DANSER, TROIS MUSICIENS, DEUX VIOLONS, QUATRE DANSEURS'>MAÎTRE DE MUSIQUE, parlant à ses Musiciens. Venez, entrez dans cette salle, et vous reposez1 là en attendant qu'il vienne.MAÎTRE À DANSER, parlant aux Danseurs. Et vous aussi, de ce côté.MAÎTRE DE MUSIQUE, à l'élève. Est-ce fait 'L'ÉLÈVE. Oui.MAÎTRE DE MUSIQUE. Voyons... Voilà qui est bien.MAÎTRE À DANSER. Est-ce quelque chose de nouveau 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Oui, c'est un air pour une sérénade, que je lui ai fait composer ici, en attendant que notre homme fût éveillé.MAÎTRE À DANSER. Peut-on voir ce que c'est 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous l'allez entendre2 avec le dialogue, quand il viendra. Il ne tardera guère.MAÎTRE À DANSER. Nos occupations, à vous et à moi, ne sont pas petites maintenant.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il est vrai. Nous avons trouvé ici un homme comme il nous le faut à tous deux ; ce nous est une douce rente que ce monsieur Jourdain, avec les visions de noblesse et de galanterie 3 qu'il est allé se mettre en tête ; et votre danse et ma musique auraient à souhaiter que tout le monde lui ressemblât.MAÎTRE À DANSER. Non pas entièrement ; et je voudrais pour lui qu'il se connût mieux qu'il ne fait aux choses que nous lui donnons4.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il est vrai qu'il les connaît mal, mais il les paie bien ; et c'est de quoi maintenant nos arts ont plus besoin que de toute autre chose.MAÎTRE À DANSER. Pour moi, je vous l'avoue, je me repais un peu de gloire5, les applaudissements me touchent ; et je tiens que, dans tous les beaux-arts, c'est un supplice assez fâcheux que de se produire à des sots, que d'essuyer sur des compositions la barbarie d'un stupide6. Il y a plaisir, ne m'en parlez point7, à travailler pour des personnes qui soient capables de sentir les délicatesses d'un art, qui sachent faire un doux accueil aux beautés d'un ouvrage, et par de chatouillantes8 approbations vous régaler8 de votre travail. Oui, la récompense la plus agréable qu'on puisse recevoir des choses que l'on fait, c'est de les voir connues, de les voir caressées d'un applaudissement qui vous honore. Il n'y a rien, à mon avis, qui nous paie mieux que cela de toutes nos fatigues ; et ce sont des douceurs exquises que des louanges éclairées.MAÎTRE DE MUSIQUE. J'en demeure d'accord, et je les goûte comme vous. Il n'y a rien assurément qui chatouille davantage que les applaudissements que vous dites. Mais cet encens ne fait pas vivre ; des louanges toutes pures ne mettent point un homme à son aise : il y faut mêler du solide ; et la meilleure façon de louer, c'est de louer avec les mains9. C'est un homme, à la vérité, dont les lumières 10 sont petites, qui parle à tort et à travers de toutes choses, et n'applaudit qu'à contresens ; mais son argent redresse les jugements de son esprit ; il a du discernement dans sa bourse ; ses louanges sont monnayées11, et ce bourgeois ignorant nous vaut mieux, comme vous voyez, que le grand seigneur éclairé12 qui nous a introduits ici.MAÎTRE À DANSER. Il y a quelque chose de vrai dans ce que vous dites ; mais je trouve que vous appuyez un peu trop sur l'argent ; et l'intérêt13 est quelque chose de si bas, qu'il ne faut jamais qu'un honnête homme montre pour lui de l'attachement.MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous recevez fort bien pourtant l'argent que notre homme vous donne.MAÎTRE À DANSER. Assurément ; mais je n'en fais pas tout mon bonheur, et je voudrais qu'avec son bien il eût encore quelque bon goût des choses.MAÎTRE DE MUSIQUE. Je le voudrais aussi, et c'est à quoi nous travaillons tous deux autant que nous pouvons. Mais, en tout cas, il nous donne moyen de nous faire connaître dans le monde 14 ; et il paiera pour les autres ce que les autres loueront pour lui.MAÎTRE À DANSER. Le voilà qui vient.Scène 2'>MONSIEUR JOURDAIN, DEUX LAQUAIS, MAÎTRE DE MUSIQUE, MAÎTRE À DANSER, VIOLONS, MUSICIENS ET DANSEURS'>MONSIEUR JOURDAIN. Hé bien, messieurs ' Qu'est-ce ' me ferez-vous voir votre petite drôlerie 15 'MAÎTRE À DANSER. Comment ! quelle petite drôlerie 'MONSIEUR JOURDAIN. Eh là..., comment appelez-vous cela ' votre prologue ou dialogue16 de chansons et de danse.MAÎTRE À DANSER. Ah ! ah !MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous nous y voyez préparés.MONSIEUR JOURDAIN. Je vous ai fait un peu attendre, mais c'est que je me fais habiller aujourd'hui comme les gens de qualité, et mon tailleur m'a envoyé des bas de soie que j'ai pensé ne mettre jamais17.MAÎTRE DE MUSIQUE. Nous ne sommes ici que pour attendre votre loisir18.MONSIEUR JOURDAIN. Je vous prie tous deux de ne vous point en aller19 qu'on ne m'ait apporté mon habit, afin que vous me puissiez voir20.MAÎTRE À DANSER. Tout ce qu'il vous plaira.MONSIEUR JOURDAIN. Vous me verrez équipé comme il faut, depuis les pieds jusqu'à la tête.MAÎTRE DE MUSIQUE. Nous n'en doutons point.MONSIEUR JOURDAIN. Je me suis fait faire cette indienne21 -ci.MAÎTRE À DANSER. Elle est fort belle.MONSIEUR JOURDAIN. Mon tailleur m'a dit que les gens de qualité étaient comme cela le matin.MAÎTRE DE MUSIQUE. Cela vous sied à merveille.MONSIEUR JOURDAIN. Laquais ! holà, mes deux laquais !PREMIER LAQUAIS. Que voulez-vous, monsieur 'MONSIEUR JOURDAIN. Rien. C'est pour voir si vous m'entendez bien. (Aux deux maîtres.) Que dites-vous de mes livrées 22 'MAÎTRE À DANSER. Elles sont magnifiques.MONSIEUR JOURDAIN. (Il entrouvre sa robe et fait voir un haut-de-chausses23étroit de velours rouge et une camisole de velours vert, dont il est vêtu.) Voici encore un petit déshabillé pour faire le matin mes exercices.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il est galant.MONSIEUR JOURDAIN. Laquais !PREMIER LAQUAIS. Monsieur.MONSIEUR JOURDAIN. L'autre laquais !SECOND LAQUAIS. Monsieur.MONSIEUR JOURDAIN. Tenez ma robe24. Me trouvez-vous bien comme cela 'MAÎTRE À DANSER. Fort bien. On ne peut pas mieux.MONSIEUR JOURDAIN. Voyons un peu notre affaire25.MAÎTRE DE MUSIQUE. Je voudrais bien auparavant vous faire entendre un air qu'il vient de composer pour la sérénade que vous m'avez demandée. C'est un de mes écoliers26, qui a pour ces sortes de choses un talent admirable.MONSIEUR JOURDAIN. Oui ; mais il ne fallait pas faire faire cela par un écolier, et vous n'étiez pas trop bon vous-même pour cette besogne-là.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il ne faut pas, monsieur, que le nom d'écolier vous abuse. Ces sortes d'écoliers en savent autant que les plus grands maîtres, et l'air est aussi beau qu'il s'en puisse faire. Écoutez seulement...MONSIEUR JOURDAIN. Donnez-moi ma robe pour mieux entendre... Attendez, je crois que je serai mieux sans robe... Non ; redonnez-la-moi, cela ira mieux.MUSICIEN, chantant.Je languis nuit et jour, et mon mal est extrême,Depuis qu'à vos rigueurs vos beaux yeux m'ont soumis :Si vous traitez ainsi, belle Iris, qui vous aime,Hélas ! que pourriez-vous faire à vos ennemis 'MONSIEUR JOURDAIN. Cette chanson me semble un peu lugubre, elle endort, et je voudrais que vous la pussiez un peu ragaillardir par-ci, par-là27.MAÎTRE DE MUSIQUE. Il faut, monsieur, que l'air soit accommodé 28 aux paroles.MONSIEUR JOURDAIN. On m'en apprit un tout à fait joli, il y a quelque temps. Attendez... La..., comment est-ce qu'il dit 'MAÎTRE À DANSER. Par ma foi ! je ne sais.MONSIEUR JOURDAIN. Il y a du mouton dedans.MAÎTRE À DANSER. Du mouton 'MONSIEUR JOURDAIN. Oui. Ah !Monsieur Jourdain chante.Je croyais JannetonAussi douce que belle,Je croyais JannetonPlus douce qu'un mouton :Hélas ! hélas ! elle est cent fois,Mille fois plus cruelle,Que n'est le tigre aux bois29.N'est-il pas joli 30 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Le plus joli du monde.MAÎTRE À DANSER. Et vous le chantez bien.MONSIEUR JOURDAIN. C'est sans avoir appris la musique.MAÎTRE DE MUSIQUE. Vous devriez l'apprendre, monsieur, comme vous faites la danse. Ce sont deux arts qui ont une étroite liaison ensemble.MAÎTRE À DANSER. Et qui ouvrent l'esprit d'un homme aux belles choses.MONSIEUR JOURDAIN. Est-ce que les gens de qualité apprennent aussi la musique 'MAÎTRE DE MUSIQUE. Oui, monsieur.MONSIEUR JOURDAIN. Je l'apprendrai donc. Mais je ne sais que... |
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